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Novlangue City

Forum RPG Adulte et non porno
Novlangue s'inspire de 1984 (G. Orwell), The Island, Total Recall, Equilibrium, etc.
Chut! On nous regarde! Big Brother... La délation est l'arme des cafards...
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 L'appertement de Hyena

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MessageSujet: L'appertement de Hyena   Mer 21 Avr 2010 - 16:45

De retour au bercail après une journée de travail. La chasse n'a pas été très bonne. Les insurgés sont trop prudents en ce moment. Ils ont raison. Déjà en temps normal ils passeraient un sale quart d'heure, mais avec les attentats qui ont eu lieu dernièrement et les terroristes qui courent toujours, il se pourrait qu'on fasse un peu de zèle sur le premier rat qui nous tombera sous la main.
Mais pour l'heure, la journée est fini et fait place à un repos mérité. Je quitte les tumultes et la crasse de la rue pour la routine propre de mon logement.

Un appartement ni très grand ni trop petit. La déco a toujours la même gueule depuis que j'y ai emménagé à la sortie du Centre. Mes habitudes y sont aussi quasiment les mêmes. Comme chaque soir, je vais rentrer et bien fermer derrière moi en vérifiant que chaque verrou est bien à sa place, la clé bien tournée en travers à un peu plus de 180 ° vers la droite. Un coup d'œil par le judas, inutile puisque que je sais qu'il n'y a personne dans le couloir, j'en viens à l'instant.
Après quoi je pourrais déposée mon artillerie sur le meuble, dans l'entrée. Mon flingue (ne pas oublier de le recharger), ma lame (vérifier que l'étui est en bon état), puis le reste, veste, chaussures, gants et masque, tout bien rangé.
Ici personne ne me voit. Il n'y a que moi et mon reflet. Un petit miroir au dessus du meuble me montrera toujours la même tête dont la moitié du visage dissimulée pendant la journée. Un visage fin, peu expressif à cette heure-ci. Tant mieux. Dommage que ça ne soit pas toujours le cas.

Puis j'irais dans la salle de bain, enlever ses vêtements qui sentent la mort. J'ai parfois envie de les brûler, tellement l'odeur est imprégnée. Encore mon reflet au dessus du lavabo cette fois. Parfois, quand la journée à été dure, un petit tressautement de la lèvre supérieur me rappellera d'ouvrir le placard pour y prendre mes médicaments.
Puis la douche, bien frotter, décaper jusque sous les ongles. J'ai une baignoire mais ne prends pas souvent de bain. Je m'y ennuis, c'est une perte de temps.

Ensuite j'enfilerai une robe de chambre avant d'aller à la cuisine mettre un truc dans le micro-onde que j'irai manger en vitesse devant la télé. Des fois je ne l'allume même pas, c'est souvent sans intérêt. Encore les même images, les mêmes discours, les attentats que j'ai déjà vu sur place... Un écran noir, de temps en temps, ça change un peu.
Puis la vaisselle, toujours les même couverts. Deux trois choses à faire dans la salle de bain, un peu de rangement au besoin et après...

Après c'est le même manège qui recommence presque chaque soir quand je n'ai plus rien à faire. Trainer mes pantoufles jusqu'à la chambre, me mettre au lit et regarder le plafond. Puis éteindre la lumière et fermer les yeux. Rouvrir les yeux, rallumer la lumière, regarder le placard bien fermé, avec chaque vêtement bien plié à l'intérieur. Éteindre à nouveau la lumière, la rallumer, me lever.
Et c'est là que débute mon manège nocturne, les pensées qui tournent en boucle, bribes de souvenirs et angoisse. Des scénarios à trous qui ne trouvent jamais d'issue. Toujours à la même heure, les neurones s'activent, les choses perdent leur sens.

C'est comme s'il manquait quelque chose. Alors je refais le tour de chaque pièce, deux fois, trois fois... Tout y est, mais je sais que ce n'est pas quelque chose de matériel. Alors pourquoi je tourne en rond ? Parce que ça me calme. J'aime m'assurer que chaque chose est à sa place. Peut-être que comparé au chaos qui règne à l'extérieur, c'est déjà une forme de repos que de voir que tout est en ordre dans mon appartement, mon refuge, stable, silencieux... seul le tic tac d'une horloge dans le salon rythme inlassablement les heures d'insomnie.

Parfois quand il est vraiment tard, ça tire et je circule moins dans la salle de bain et l'entrée, évitant mon reflet. Ou alors je me plante devant un miroir et m'occupe en essayant d'utiliser mon pouvoir pour me paralyser la face, faire disparaitre ce sourire insensé, me faire un visage lisse bien comme il faut. C'est un exercice difficile qui demande beaucoup de précision, beaucoup de concentration. Mais j'ai tout mon temps, parfois toute la nuit avant que mes paupières ne s'alourdissent et que j'arrive enfin à me glisser dans un sommeil réparateur.

Ce soir, peut-être que j'arriverais à m'endormir un peu plus tôt. Peut-être que les somnifères marcheront mieux qu'hier. On verra bien si j'arrive à ne pas trop y penser.
Sinon tant pis. Je rentre et la routine déjà m'endormira à sa manière.
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Sam 24 Avr 2010 - 17:48

Il suffit parfois d’un rien. Et parfois, il suffit d’un visage. Une image. De savoir où chercher. Puis de quelques menus talents en matière d’acrobatie et de discrétion. Et immédiatement, c’est tout un monde de possibilités inédites qui se donne à vous, corps et âme. L’intuition, l’inspiration et le désir, comme autant de fenêtres ouvertes sur des bouquets iridescents de firmaments tous uniques, tous différents.

Celui-ci se pare des couleurs obscures de la nuit. Il jette son linceul par-dessus les toits, qui épouse les courbes des rues et des ruelles, pour le meilleur comme pour le pire. Il glisse et grince le long des avenues, encrasse chaque anfractuosité, arrache toute trace de gaieté, pour ne disséminer que vagues lambeaux de langueur.

Là, en bas, c’est Jack que voilà.

Qui clopine et trépigne, se dérobe d’une ombre à l’autre. Le pied léger, la lèvre enjouée, le cœur fêlé et l’âme mégère, il se faufile sournoisement sous la lune. Fringué fringant, il a mis les petits plats dans les grands. Ce n’est pas tous les soirs que l’on a rendez-vous avec les astres. S’il n’est pas beau, de pied en cape, il demeure élégant. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ; coquetterie dérisoire insulte moins que négligence consommée. C’est ainsi.

Au détour d’un carrefour survient l’endroit. Pâté bétonné parmi d’autres, au cœur du grand bac à dormeurs. La médiocrité en suinte. Une médiocrité pavlovienne, conditionnée, enthousiaste, qui dégouline en épais filaments au flanc des façades, comme la bave de la gueule d’un ami fidèle et qui se répand abondamment sur vos chaussures, les fait briller, pour donner toujours plus de relief à votre cuir.

Découvrez la playlist Satie avec Aldo Ciccolini

(D'abord les Embryons, ensuite le Croquis, de préférence)

Incursion et repérage en terrain termite

L’entrée de la niche fleur bon le chien mouillé.
Chaque étage est un tiroir à terriers.
Dans l’un s’y terre qui de droit, l’hyène mouchetée.
Le rire satyre
S’attrape et s’attire.

Un pas, pas deux, l’y voilà.

Dans sa prison bien close vivait le bel animal.
La porte résiste, il suppose, on ne l’a sans doute pas fermée si mal.
Jack, en sortant de sa cage,
Salut un gorille, s’en allant au large.

D’une seule main et sur deux pieds,
Il prend la porte, le trottoir et l’angle, les trois d’un trait.
Pied de grue, pied de l’immeuble, pied de nez,
Compte les fenêtres, sans se tromper.

C’est celle-ci et la lumière est.

Cendrillon n’est pas couchée.
Qu’à cela ne tienne.
Attendons seulement que Morphée se reprenne.
Patience, le tour est déjà joué.

Extinction des feux !
Fin des spaghettis.
Finies les facéties.
A poil le sérieux.

Non ? Non. Jour. Oui. Nuit.
Et revoilà le jour.
Et puis,
Toujours,
La nuit.

Ci-gît la valse de l’indécise.

Du soleil au sommeil descend le silence déshabillé des habitudes (Wouh... © !)
Assises et cisaillées et… et zut.
Les petits hommes blancs fusent hors de leurs asiles aseptisés, s'ensuivent et s'évadent, se poursuivent et s'enchainent. Fort raisonnable folie. Et parce que le sang des morts d’hier féconde le sol d’aujourd’hui qui donne son sens à demain, bien futile l’angoisse subtile de la disparition soudaine et sans retour !

Cendrillon confond encore et toujours jour et nuit, nuit et jour. Et Jack chevauche un petit banc de métal blanc, sifflotte les secondes, énumère les minutes, au rythme des insomnies de sa mouche de feu chérie.

"Du soir vont s'élargissant des points de silence, et la lune s'avance."

Le brasier clignotant s'essouffle finalement.
Laisser refroidir la braise et servir juste palpitant.

Alors Jack se redresse sur son séant, serpente jusqu'à la façade pour entamer sa délicate ascension. L'escalade est périlleuse, la paroi à pic, les prises rares. Mais impossible n'est pas charognard, qui s'élance et se lance de rebords en parapets, de parapets en rebords. Pure voltige, frisson et vertige. Jouissif, à en perdre la tête, l'esprit et le reste.
Voici que s'approche la lucarne de la luciole assoupie.

Aux doigts futiles, rien n'est utile. Aux doigts agiles, tout est servile.

Ni une ni deux, adroitement titillé, le verrou s'évade et s'envole. Sans le moindre feulement s'écarte l'espace qui permettra bientôt à tout ce qu'il reste d'un homme de s'y glisser.


Dernière édition par Black Jack le Jeu 29 Avr 2010 - 0:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Mer 28 Avr 2010 - 23:03

L’appartement est plongé dans l’obscurité. Seules deux faibles raies de lumière provenant de la rue filent à travers les carreaux pour venir se déposer sur le plafond nu du salon, y dessinant deux quadrilatères blafards aux contours indécis. L’ombre légère d’un feuillage s’y balance doucement. A travers un rideau de quiétude nous parvient le ronronnement lointain de la tuyauterie qui s’ébroue à l’étage du dessus. Et rien d’autre qu’un souffle discret, une respiration secrète, insaisissable, qui semble émerger de la nuit même. C’est ici le lieu qu’elle a choisi pour s’assoupir le temps d’un instant, qui permet aux étoiles de se reposer avant de retourner à leur danse hypnotique.

Jack, accroupi dans l’ombre, attend que ses yeux fassent connaissance avec les ténèbres, avec dans l’attitude un semblant de prédateur aux aguets. Seconde après seconde, d’avantage d’images lui parviennent. Il découvre alors peu à peu un intérieur sobre, standard même, ordonné d’un bout à l’autre. Quatre murs, étagères, canapé, table basse, télévision. Un salon tout à fait dépourvu de la moindre fantaisie. Tout ce que l’on pourrait être en droit d’attendre d’un agent de la police des pensées, après tout. Et cependant, un sentiment étrange envahit Jack, lui comprime les intestins. Un semblant de déception.

Il contemple encore l’ordinaire avant de se mettre enfin en mouvement. Dans le silence le plus total, surréaliste, il se déplace, d’un air pourtant naturel, esquisse des pas qui se perdent aussitôt dans la toile de l’obscurité. Ses doigts caressent le mobilier avec une délicatesse appliquée, se saisissent au hasard de ceci ou de cela, soupèsent et reposent. Puis, sans plus de bruit, il vient s’étendre sur le sofa, parfaitement détendu. Il prend la mesure de son confort, arborant un odieux sourire de contentement, puis s’allonge.

Tandis qu’il effleure du regard, distrait, la valse muette de l’ombre portée du feuillage sur le plafond, immobile, il fait converger tous ses autres sens et ses pensées les plus sombres en direction de la chambre. Il emplit ses poumons du parfum de la pièce en essayant d’en deviner le sien, à elle, qui repose entre les mains d’un sommeil artificiel, à tout juste quelques pas de là. Il tend l’oreille, tente de capturer le frémissement de son souffle endormie. A la recherche de l’inspiration, le voilà qui laisse son imagination s’aventurer sur des territoires encore vierges…



Lorsque s'en vient le soir - Louis Aragon

Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte
Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui met la terre tendre entre les feuilles mortes

Et nous nous défaisons de nos habits volés

Rein n’a calmé ses mains que j’ai de te connaître
Gardant du premier soir ce trouble à te toucher
Je te retrouve amour si longuement cherché
Comme si tout à coup s’ouvrait une fenêtre

Et si tu renonçais à toujours te cacher ?

Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre
Où le rideau d’aimer s’envole n’importe où
L’étoile neige en moi son éternel moi d’Août
Rien n’a calmé ce cœur en te voyant de battre

Il me fait mal à force et rien ne m’est si doux

Tu m’es pourtant toujours la furtive passante
Qu’on retient par miracle au détour d’un instant
Rien n’a calmé ma peur je doute et je t’attends
Dieu perd les pas qu’il fait lorsque tu m’es absente

Un regard te suffit à faire le beau temps

Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte
Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé
Je te retrouve amour avec mes mains tremblées
Qui met la terre tendre entre les feuilles mortes

Et nous nous défaisons de nos habits volés




Jack revient subitement à une forme précaire de raison.

Tout là-haut, quelque chose comme une idée semble vouloir percer à travers la croûte moisie de son esprit torturé, qui teinte son regard d’une lueur de malice inquiétante. D’un mouvement mesuré, le voilà qui sort de sa torpeur, se relève et reprend son manège, virevolte avec agilité, pour cette fois-ci, le plus discrètement possible, se mettre à tout chambouler. Il décale, déplie, froisse, vide, remplie, déplace, remplace, dégroupe et regroupe, déstructure toute cohésion de l’ensemble de la décoration, consciencieusement. Entre ses mains habiles, et en moins d’un quart d’heure, il donne naissance à une nouvelle forme de chaos, qui gagne rapidement la majeure partie de l’appartement. Puis, enfin satisfait de son ouvrage, se glisse jusqu’à la cuisine et emprunte tout le nécessaire d’un couvert parfaitement monté pour un diner en tête à tête qu’il déplie sur la table basse du salon, seul élément épargné par son soigneux traitement de dé-décoration d’intérieur.

De la poche intérieure de sa veste tire une paire de vieilles et fines bougies rouges à moitié consumées qu’il dispose avec une précaution ostentatoire à la droite de chacun des verres. Puis y replonge sa main, pour dévoiler à la lueur passagère d’un réverbère la délicate silhouette d’un mince bouquet de fleurs des champs, marguerites et pissenlits, tout à fait fripées, qui rejoignent vite leur propre verre, trônant fièrement au beau milieu de la mise en table. Jack s’attarde un instant à contempler son travail d’un air d’émotion surjouée avant de filer peaufiner les derniers détails.

Dans l’entrée, déverrouille la porte, fait sauter le disjoncteur du salon avant de s’intéresser au meuble dans lequel il découvre la panoplie de sa parfaite chasseresse. La vue du masque le fait retourner un court moment à ses fantasmes. Puis, une arme à feu… tellement grossier, beaucoup de bruit, peu de spectacle, aucune sensation. Tuer pour tuer, tuer pratique, un cruel manque de sensibilité artistique. Rien que de penser poser ses doigts sur un tel engin le révulse, il n’y touche pas, il ne pourrait se le permettre. En revanche…

Jack se saisit avec délectation de la lame, la libère de son étui d’un geste ample et sec. Avec une fascination malsaine, il admire à la fois dans sa main et dans le miroir le métal adroitement travaillé, fend l’air tout en douceur, en éprouve le tranchant à même sa chaire. Un véritable instrument de mort, froid et silencieux, besoin de proximité, de contact humain, un véritable partage émotionnel entre le chasseur et sa proie à l’instant de la fin, et puis du sang par litres entiers. Toute arme blanche a son histoire, son vécu, toute une vie qui n’appartient qu’à elle, bien que liée à celles de son possesseur. Il se perd à conjecturer sur la sienne. Combien de foies ? Combien de reins ? Combien de gorges ?

Et surtout… combien de dos ?

La lame rejoint son étui. L’étui trouve quand à lui une nouvelle place contre le mollet droit de Jack, ravi de son emprunt, l’outil idéal pour établir une relation protégée, voir privilégiée. Jack abandonne le meuble et l'entrée, prend le chemin de la cuisine. Il s'arrête au micro-onde, sélectionne deux plats identiques sans même s'enquérir de leur nature exacte et les y empile. Tout est fin prêt, il règle la minuterie... Trois minutes, fatidiques. Trois minutes avant le grand Début.

02:58. Le léger vrombissement de la machine déchire le silence.

.
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02:31. Sans un bruit, Jack rejoint le salon.

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02:07. Toujours sans un bruit, il ouvre la fenêtre.

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01:49. Et sans un bruit, il regagne l'extérieur, manœuvre avec la plus grande habilité pour maquiller l'origine de son intrusion, se mettre en position.

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.

00:28. Le voici suspendu par les bras au rebord de la fenêtre de l'appartement, paré à bondir au moment le plus importun.

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00:00. C'est cuit.
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Ven 30 Avr 2010 - 1:11

J'ouvre les yeux, encore.
J'ai bien entendu quelque chose non ?
Arf ! j'ai les paupières lourdes et l'impression que le sol fait des loopings mais il faut que je me lève et que j'aille voir.

Fait chier ! J'avais réussi à m'endormir.
Qu'est-ce qui se passe ? Si ça se trouve j'ai juste rêvé. Oui, c'est surement ça.
Ou est-ce que j'ai oublier de mangé ? C'est bien le micro-onde que j'ai entendu. Pourtant, je n'oublie jamais de manger et vu le temps que je passe à tourner en rond dans chaque pièce, je m'en serais bien rendu compte... quoique... non, c'est idiot, pourquoi douter ? En même temps, c'est pas spécialement pertinent non plus d'examiner chaque meuble avant de dormir.

Tient, l'ampoule de la lampe de chevet est grillée.
Ça ne m'empêche pas d'enfiler mes pantoufle sachant exactement où elles sont, bien à leur place, là où je les laisse toujours. Je trouve aussi aisément ma robe de chambre. En fait je pourrais même aller chercher une ampoule de rechange les yeux fermés.
Tient c'est pas con ça. Je connais mon appartement par cœur. A la limite je pourrais arrêter d'utiliser la lumière, ça me ferais des économies d'électricités... mais pour quoi faire ? C'est pas comme si j'avais besoin d'économiser, j'ai déjà ce qu'il me faut et je n'ai besoin de rien de plus. Ce serait peut-être plus écolo, mais franchement...

Tient, l'interrupteur de la chambre ne marche pas non plus. Ça doit être une coupure de courant ou les plombs ont sautés.

Je ferais mieux de retourner dans mon lit. Rien ne presse, ça peut attendre demain, plutôt que de tituber comme ça. Mais quelque chose ne va pas. Et ce micro-onde, je l'ai entendu ou pas ? Je vais juste vérifier ça et après au lit. J'ai pris assez de somnifère, je vais bien arriver à me rendormir... j'espère.

Mon sang ne fait qu'un tour quand j'ouvre la porte de ma chambre. Je dois être en train de rêver. Ce n'est pas mon salon.
Est-ce que je rêve ?
Ma respiration s'emballe.
Je reconnais bien mon canapé, ma télé... mais plus rien n'est à sa place.
Figée dans encadrement de la porte, je scrute la pièce éclairée par des bougies. Qu'est-ce qu'elles font là ? Ce n'est pas à moi. C'est un mauvais rêve ou quelqu'un est entré chez moi ?
Ou peut-être un effet secondaire des somnifères...

Je m'avance, tendant la main par réflexe vers l'endroit où j'avais laissé le canapé, mais n'y trouve pas d'appuis. Il n'est vraiment pas là. Il est bien là bas, où je le vois.

Allez ! réveille toi ! Saleté de somnifères. Si quelqu'un est entré, il peut-être encore ici. Je crains d'avoir du mal à lui faire face dans cet état à moitié endormi.

Et ça, c'est quoi ? Ce machin tout boursoufflé sur la table. Ça a une forme bizarre. Je m'approche prudemment et... des fleurs... c'est un bouquet dans un de mes verres, pas un monstre. J'ai eu peur d'un bouquet. Un objet étranger mais inoffensif.
Qui a osé laisser des choses ici ?

J'avais pourtant bien fermé la porte... il faut que je vérifie.
Mais s'il était encore là ? Caché dans la cuisine peut-être, dans la salle de bain ou peut-être qu'il m'attend dans le couloir de l'entrée.

Quelques pas sans faire de bruit et je reste là au croisement à écouter l'obscurité, guetter la moindre ombre projetée à la lueur des bougies. Mais je n'entend que mon souffle précipité et le sang qui bat dans mes tempes.

Un vertige.
Non ! je dois rester debout, éveillée. Pour une fois que je souhaite rester plus forte que la chimie, je me rend compte à quel point elle m'handicape.
Pourvu qu'il soit parti. Pourvu qu'il n'y ait personne. Pourvu que ce ne soit qu'un cauchemar.

Où j'en étais ? Où je voulais aller ? Ah oui, la porte. Je l'avais bien fermée. A pas feutré, j'avance pour aller vérifier.
Quelque chose à bouger ! Non, ce n'est que mon reflet. J'ai l'air si pâle... ou c'est peut-être juste l'éclairage qui fait cet effet ? La bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau, j'observe la clé dans la serrure.
Non... non ! je rêve ?! Elle n'est pas comme elle doit être. La porte est ouverte. Pourtant j'avais vérifier trois fois.
Ce n'est pas possible. J'ai tout fait comme il faut, comme d'habitude. Et quelqu'un serait entré et aurait tout bougé de place ?
J'étouffe un gémissement de stupeur, à la limite de la panique.
Qui a oser profaner le seul endroit où je trouve habituellement la paix ?

La sonnerie du micro-onde... dans la cuisine... il y est peut-être encore.
Mon visage me tire. Un sourire plus comme une crampe d'estomac que comme une expression de joie.
Je ferme les verrous bien comme il faut, garde la clé dans ma main cette fois et cherche mon poignard sur le meuble dans l'entrée. S'il y a quelqu'un d'assez fou pour faire ça, il mérite bien que je le plante en beauté. Je voudrais l'empaler et touiller des petits ronds dans sa chair, lui déplacer les viscères tout comme il a osé déranger le contenu de mon antre. Mais où est-elle cette fichue lame ?! Ça aussi a été déplacé. Mais mon flingue est toujours là. Ça fera l'affaire, le but premier étant de neutraliser. Mon arme est déjà chargée. Je la saisi fermement et me dirige vers la cuisine, l'œil éteint mais le sourire brillant à l'idée de débusqué ce petit enfoiré.
Pourvu que mes réflexes ne me fasse pas trop défaut dans cette purée chimique qui m'embrume l'esprit.

Prudemment, sans un bruit, arme en main, je passe la porte de la cuisine.
Personne. Juste l'odeur familière des plats de nouilles et poulet tout préparés dans leurs barquettes en plastique.
Les bougies du salon n'éclairent pas aussi bien vu d'ici. Aussi je me saisi d'un couteau de cuisine et inspecte chaque recoin avant de revenir vers la lumière.
Toujours personne et pas un bruit. Il est peut-être déjà parti.

Alors je retourne dans la pièce centrale et reste là un moment sans bouger.
Où suis-je ? Je ne me sent plus chez moi dans mon propre salon. Je n'ose plus rien toucher.
Mes jambes faiblissent alors je m'assois sur la moquette.
Puis se sont mes mains qui lâchent les armes. L'une d'elle tremblante se porte à mon visage en même temps que s'échappe un faible gémissement. Puis un deuxième. Le troisième se coupe en deux, étouffé saccadé. Le quatrième est un rire. Un petit rire maniaque, glauque comme les ombres que dessinent les chandelles sur ces murs que je ne connais plus.
Un rire de détresse ? Ou la promesse démente d'une vengeance aussi froide que cette sensation de faiblesse ? La fatigue, un frisson me bouffe le dos m'incitant à me courber, me replier d'avantage, là, par terre.
Peut-être que je ne me relèverais pas avant qu'il ne fasse jour. De toute façon, ma nuit est gâchée, ma quiétude sabotée.
L'intrus est parti et n'a rien emporté. Alors pourquoi ? Ça n'a pas de sens. C'est un cauchemar.
J'ai froid. Mais peut-être que si je reste là je finirais par me réveiller.
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Ven 30 Avr 2010 - 15:56

De son poste précaire, suspendu comme un fruit trop mûr, Jack ouvre en grand son unique oreille, avide…

Ça se réveille, ça remue… ça doute… ça se lève finalement.

Jack peut sentir chaque muscle de son corps se tendre à l’extrême, jusqu’à lui arracher un gémissement, entre douleur et excitation. Il lutte de toutes les forces de sa maigre volonté pour s’empêcher de bondir déjà. Pas de précipitation, le fer n’est pas encore à la bonne température pour être battu, patience… patience. Tend l’oreille, l’oreille.

Ça fait quelques pas, ça s’arrête, ça s’agite… ça panique soudain.

A la manière des petites vaguelettes qui s’étendent premières avec amour sur le sable doré et vous chatouillent les orteils, de l’intérieur de l’appartement lui parviennent des ondes de détresse affolée, voluptueuses, qui lui flattent les sens. Quelle joie, quelle joie de s’en savoir le maître d’œuvre, la source d’un bouleversement, l’engeance du chaos. Puis…
Un bruit mat et sourd que la moquette étouffe. Un deuxième, plus léger. Un autre.

Ça rit…

C’est un rire nerveux, saccadé, aussi terrifié que terrifiant.

Le grognement déchirant et déchiré de la bête acculée, menaces et frustrations mêlées.

Un frisson de plaisir éclate à l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale de Jack, remonte comme un éclair pour mourir dans un coin d’ombre de son crâne, et dans une grande gerbe d’étincelles électriser d’un coup sa conscience. La tension se rompt brusquement par un spasme violent, sitôt suivit d’un saut avant parfaitement exécuté. Jack percute de plein fouet la fenêtre juste repoussée qui cède, se retrouve projetée vers l’intérieur. Le contrecoup fend la vitre.

Dans un grand bruit de verre brisé, Jack fait son entrée.

Et sur le même ton fracassant, sa voix railleuse poursuit, qui balaye l’obscurité tamisée comme un vent fougueux, débordant de pétulance.

« Bien le bonsoir, chasseresse de mon coeur ! Plaisir sans fin que de vous retrouver enfin. »

Jack se relève gracieusement, remet sa veste en place d'un geste d'épaule, puis arrête son regard sur la jeune femme recroquevillée au sol, en pantoufle et robe de nuit, l'air penaude. Une vision qui le transperce d'émois, enfle son âme perturbée d'une compassion grotesque. Immédiatement, mais dans un registre bien plus tragique, le voilà qui reprend.

« Allons ! Relevez-vous, chère enfant. Je vous en pris, faites-moi l’honneur de votre ravissant sourire. Oh ! Sacrebleu, voici que par votre éblouissante compagnie j’en oublis mes meilleures manières, sincèrement navré. »

Il marque un temps, solennel, et continue, le buste droit, bras placés en présentoir de sa personne, sans faire attention à rien d'autre que la tenue de son discours.

« Je me prénomme Jack, et ai pour unique titre celui des ténèbres, Black. Enchanté. »

A ce moment, la nuit même semble se suspendre par-dessus son céleste balcon, un vertige incroyable précipite l’instant dans une forme de latence infiniment froide et figée. La lueur des bougies en cesse de vaciller. Un charme étourdissant, pourtant furtif, qui se brise soudain.

« Passerons-nous à table ? »


Dernière édition par Black Jack le Dim 2 Mai 2010 - 5:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Ven 30 Avr 2010 - 19:19

Ma fenêtre... mais... yen a marre. Je suis où ?

Lui... je le reconnais. La charogne.
C'est toi qui a fait ça ?
Je lève la tête lui adressant un regard furieux. Il le serait sans doute encore plus si je n'étais pas shootée par les médocs.
Je me suis jurée de lui régler son compte la prochaine fois qu'on se verrait. Mais j'ai peur de ne pas être en état. Ce salaud m'a piégé. Il a violé mon domicile, ruiné le réconfort que j'y trouvais et il profite de la nuit pour venir me torturer. Oh si tu savais comme je te hais...

Il semble encore plus grand quand je suis à terre.
Qu'est-ce qu'il compte me faire ? Il a vraiment pas l'air sain d'esprit. Complètement allumé et sans gène en plus. C'est ça, fait comme chez toi ! Je te prête mes pantoufles aussi tant qu'on y est.

Il me regarde. Mais il n'y a que le dentiste qui a le droit de voir mon visage démasqué (d'ailleurs je déteste le dentiste). Il peut voir mon sourire s'étirer, dents serrées. Et si mes yeux étaient des armes, il serait déjà mort et son cadavre lacéré.

J'observe chacun de ses gestes, les doigts crispés sur la moquette. Un courant d'air à travers la fenêtre brisée m'apporte des effluves qui me font tourner la tête. Ce type sent la mort.

Ses politesses m'irritent autant que les surnoms sucrés qu'il me prête. Trop de familiarités. Tu vas faire connaissance avec ma rage. Attend juste que je trouve la force de me lever.
Et c'est quoi cette table ? Tu veux manger ? Et bah tient, attrape !!
Je ramasse le couteau de cuisine et le lui lance. Puis avant même de voir s'il s'est bien planté dans la cible, j'empoigne mon flingue et me relève... avec difficulté... c'est pas stable. Enfin sur mes pieds, l'arme braqué sur lui, je dois faire un effort pour ne pas vaciller comme la flamme des chandelles. Ainsi chancelante est-ce que j'arriverais à bien viser ?

Avec l'effort, ma respiration s'emballe à nouveau et m'étourdis. Saloperie d'assommoir de comprimés ! J'écarte les pieds pour être plus stable.
C'est moi qui ai le flingue, mais est-ce que j'ai vraiment l'avantage pour autant ? On va voir. Si tu bouges je tire. Tu as envie de tester mes réflexes ?
C'est pas drôle. C'est dangereux. Pourtant je ris.


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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Ven 30 Avr 2010 - 23:29

« Peut-être devrais-je aller quérir le repas tandis que vous vous installez et… »

Toc ! Un choc sec et désagréable, entre les deux yeux exactement, qui stoppe net le Jack dans son délire, le ramène à l’instant présent comme une douche froide vous fouette le sang. Interpellé, le voici qui contemple incrédule, entre ses pieds, un couteau de cuisine bien aiguisé, qui, immobile, tente pourtant de se donner l’air innocent. Jack palpe pensivement son front, avant de faire le lien entre le couteau et l’événement perturbateur. Une chance qu’un couteau de cuisine ne soit pas équilibré pour le lancer ! Une chance tout autant que la lanceuse fut à moitié groggy… chance que ce fut le manche qui finit par atteindre sa cible en lieu et place de la lame.

Jack s’embarque aussitôt dans une hilarité dont lui seul a le secret, enchanté par sa bonne étoile, et inconsciemment amorcée par un semblant de rire qu’il capta sans même y prêter attention. Secoué par son rire gras et stupide, son regard tombe tout à fait fortuitement sur son hôtesse, debout, juste le temps d’apercevoir le canon d’une arme automatique vaguement braquée en direction de son obscure personne. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Oups », son rire dément s’étrangle dans sa gorge, son visage vire du blême au violet, empruntant une expression apeurée des plus absurdes, et il se rabat violemment ventre à terre, prétendument terrifié.

Un coup de feu part, un tir réflexe, qui passe à quelques touts petits milligrammes de substance psychotrope près du cuir pauvrement chevelu de Jack, creuse un cratère fumant dans le mur de derrière, juste en dessous de la fenêtre. Cette fois-ci, il ne commet pas l’erreur de s’attarder à jouir de son insolente fortune. En un éclair, il se saisit du couteau de cuisine sous sa poitrine, se déploie comme un diable monté sur ressort, et, parfaitement confiant en son habilité hors norme, projette celui-ci manche d’abord au front de la bien peu accueillante jeune femme.

« Œil pour œil… »

Lancé comme un coureur des starting-blocks, sans même s'assurer d'avoir bel et bien étourdie sa cible, il bondit en avant, attrape la lame à son mollet, et se précipite sur elle dans un élan de rage aveugle, babines retroussées, touts crocs dehors.

« Mmmrrrhhh… Oreille pour oreille ! »

Là où la diplomatie échoue, il n’y a plus que les actes qui vaillent. Et puisqu’il faut bien se rembourser, alors soit. Autant faire dans la symétrie ! La droite, oui, c’est bien, la droite, l’oreille droite, en moins, ça sonne bien.

Le geste est amorcé, la lame plonge. Ce n’est plus Jack qui pourra l’arrêter.


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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Sam 1 Mai 2010 - 15:04

T'as bougé !
Ousp, manqué.

L'esprit embrumé, pas le temps de viser une nouvelle fois. Quelque chose vient me frapper en pleine tête. Je perd l'équilibre, mon dos heurte le mur derrière moi. Je lâche malencontreusement mon arme, assommée, secouée par ma propre maladresse, avant de me retrouver le cul par-terre.
La roue tourne on dirait. J'étais piégée, je suis passée chasseresse et me revoilà la proie, abandonnée par des jambes aussi faibles que celles d'un faon nouveau-né.
Mais l'instinct de survis me réveille avant que n'arrive l'irrémédiable. Il est déjà sur moi, j'ai juste le temps de saisir son avant-bras pour éloigner la lame de mon visage.

Je l'ai vu scintiller juste à côté de mon œil droit. La lame fine, parfaitement affutée d'un poignard.
MON poignard ! Je reconnaitrais sa forme entre mille ainsi que le son de son tranchant qui taille la chair avec précision. Oui, j'ai bien entendu là. C'est passé très près. Un son qui fait mal.
Cet enfoiré a voulu me viander avec ma propre lame !

Tu vas me la rendre maintenant ! Lâche ça !!
Ma main droite rejoint la gauche sur son poignet et je sert. Je sert fort autant par la volonté de récupérer mon bien que pour l'empêcher de s'en servir à nouveau sur moi. Je sert encore plus fort quand la douleur me lacère du côté droit.
Je n'ai pas été assez rapide. Un liquide chaud s'écoule d'une plaie cuisante pour venir remplir mon conduis auditif.

-aarr... HAAAAaaah h !!

Je vais te broyer le bras pour passer ma souffrance !
Le front noyé d'une sueur froide, j'essaie de rouvrir les yeux. Les flots se dissipent et là, sur la moquette, j'aperçois...

Spoiler:
 



...un bout de... moi ?
J'ai dévier le coup de poignard, mais apparemment pas assez, comme le témoigne ce morceau qu'il a emporté.
L'image devient noire. Non non non ! Ce n'est pas le moment de tourner de l'œil ! On se reprends ma grande, et ne desserre pas ta prise, c'est une question de survie.
Quoique s'il veut ma mort, sans doute qu'il l'aura. Je suis là, tremblante, avec pour seul moyen de riposte le fait de m'agripper à son bras de toute ma haine fébrile. Et je lutte pour ne pas faiblir d'avantage, ne pas relâcher la pression. C'est bête, il a une autre main qui est libre, elle. Je suis vraiment dans la merde et je commence à me demander si c'est mon dernier combat.

Ça ne sert plus à rien, mais je ne lâche pas. Est-ce par haine, par orgueil, à cause de la douleur ou seulement pour m'accrocher à quelque chose, par instinct, par refus de la fin ?
Si seulement je n'avais pas pris de somnifère ce soir là...
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Sam 1 Mai 2010 - 20:58

Le sang a giclé, Jack les a senties, quelques gouttes projetées contre sa pommette gauche et jusque sur son arcade. Cela faisait longtemps, peut-être quelques semaines déjà, qu’il n’y avait plus goûté, au doux contact du liquide vital perlant sur sa peau sèche et froide. A chaque fois un bain de jouvence, une sensation régénératrice. Son propre sang envahit ses artères à un rythme effréné, il a le cœur qui bat à tout rompre, éperdu de bonheur. Jack savoure l’instant, les yeux clos, garde sa lame fichée dans le mur, le bras tendu, tandis que sa respiration, lourde, reprend peu à peu un semblant de légèreté.

Tout contre lui, un cri mêlant haine, horreur et douleur l’arrache soudain de sa morbide contemplation. Il ouvre les yeux, pose son regard hagard sur celui hargneux de son hôtesse. Deux grands yeux si expressifs, tellement pleins d’une haine si grandiose qu’ils en déborderaient presque… Un si gracieux visage, crispé en un si joli masque de rage et de désespoir… Non, vraiment, quel dommage. Bien dommage d’avoir abimé cela. Quoiqu’à bien y regarder, cette légère dissymétrie, ce bout d’oreille en moins, voilà qui ne lui va pas si mal, cela donne un certain cachet, de l’originalité, de la personnalité même.

Mais cela saigne ! Abondamment, qui plus est, qui s’écoule en un épais filet brun sur la moquette, juste à côté du morceau manquant. C’est triste à voir, ce n’est pas bien, non, pas juste. Un drôle de sentiment, comme une parodie d’élan compassionnel, secoue Jack, semblable à celui qui fait chavirer l’âme à la vue d’un être nouveau-né, chaud, moelleux et fragile.

« Haaaaaaan… Ce doit être douloureux. Un instant, je vais arranger ça. »

Jack tire la lame du mur, sans effort, et tente de déporter son bras armé vers la gauche avant de se rendre compte que deux autres y sont attachés, qui tentent de l’empêcher d’en faire usage. Ça résiste, on dirait bien que ça voudrait lui faire mal, mais ça manque plus d’énergie que de conviction. C’est dérisoire, et c’est ennuyant. Avec sa main libre, il se saisit de l’un des poignets qui le retiennent et pratique une rotation très particulière, d’ordinaire destinée à faire entendre raison aux clientes un tantinet trop persistantes. Sur un fond sonore tissé de gémissements d’efforts et de douleurs, un léger craquement se fait entendre. Aussitôt, la poigne qui enserrait le bras armé de Jack se relâche. D’un geste sec et agacé, il le dégage finalement tout à fait.

« Allons ! Ça suffit ! Là, là… tout doux. »

Jack se démène un instant, et sa vivacité prend vite le dessus. Grâce à une clé de bras d’aspect plutôt exotique, il parvient à s’offrir une liberté de mouvement assez conséquente. Mais bien loin de redevenir menaçant, le voici qui se sert de son poignard d’emprunt pour lacérer l’étoffe du canapé, y découpant une large bande qu’il arrache ensuite. Insensible aux jérémiades de la jeune femme, il s’attelle alors à bander son oreille meurtrie. Ce qui ne s’avère pas être une mince affaire.

« Ho ! Eh… Et… Et voilà ! Parfait. »

A la vérité, un travail d’amateur, assurément, mais l’hémorragie est néanmoins ralentie. De son bandage de fortune, Jack est très content. Il observe quelques secondes sa réalisation d’une moue idiote, entre fierté infantile et curiosité artistique avertie. Pour un peu, il y déposerait presque un vigoureux baiser plein d’admiration. Il se ravise cependant. Il se sent étrangement calme. Alors sans plus de cérémonie, il se débrouille pour remettre sa lame dans l’étui puis il se relève, emportant avec lui sa chasseresse pantouflarde, qui se retrouve soudainement sur ses deux pieds, sans en avoir eu le choix.

Il la laisse adossée contre le mur, se retourne, et s’en va prendre place sur le sofa, sur lequel il s’étend sans la moindre gêne. Elle, toujours dos au mur, semble ne pas avoir encore eu le temps de tout bien réaliser. Sur son visage se dessine un sourire figé, malsain, vraiment pas naturel, que Jack ne remarque qu’à présent. Il lui plait, ce sourire. Il lui plait beaucoup.

« Bien ! Maintenant que notre petit différent est aplani, et puisque vous ne semblez pas affamée, peut-être me ferez-vous tout de même la grâce de votre conversation… Si je puis me permettre, je vous préfère cent fois sans cet horrible masque. Votre sourire est délicieux. D’où vient-il ? »

Et Jack sourit en retour, d’un sourire qu’il voudrait charmeur, et qui n’ajoute en définitif qu’une touche de malaise supplémentaire sur ce portrait ravagé.


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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Sam 1 Mai 2010 - 23:57

Cet enfoiré m'a niqué le poignet et il se barre avec mon poignard !
Il a donc pas fini de me torturer ?
En plus il s'en prend au mobilier. Vas-y, éclate-toi. J'en ai plus rien à cirer. Si tu pouvais m'achever proprement quand t'auras fini de jouer avec mes meubles... remarque je préfère qu'il passe d'abord ses nerfs sur des objets que de toute façon je n'emporterais pas dans la tombe.

Et non, il revient déjà, avec un bout du canapé. Qu'est-ce que ce malade a encore trouvé comme idée pour m'en faire baver ?
La panique, la douleur, ses grands doigts qui s'approchent de ma figure... je ne veux pas ! Alors je me débat comme je peux, je tape du poing comme une fillette. Des gestes lamentables accompagnés de couinements, de râles et d'un rire nerveux en fond. Je m'essouffle. Il me fait mal, serre un truc autour de ma tête en m'écrabouillant ce qu'il me reste d'oreille. Sadique.
Il a l'air content de lui.
Ça y est, c'est fini ?

Alors qu'il prend du recule pour admirer son méfait, je lève péniblement une main vers la saloperie qu'il a nouée sur ma blessure, mais pas le temps ni l'énergie pour l'arracher. Il est déjà à nouveau contre moi. J'ai pas la force de le repousser alors je ferme les yeux, résignée, vaincue.
Juste un frémissement quand il me saisi, sa poigne ferme qui me soulève. Où on va ? Quel est le prochain supplice ?

Rien.

Quand je rouvre les yeux, il est déjà loin, là bas, vautré dans le sofa, l'air décontracté.
Et moi je suis debout contre le mur, le bras replié contre mon ventre, poignet endolori. Je le regarde incrédule, fatiguée, hébété. Il y a quelque chose que je n'ai pas compris ? Ma main se porte lentement à mon oreille pour toucher du bout des doigts le tissu qui la recouvre. Le sang a arrêté de couler sur mon épaule. C'était donc pour me soigner ? Pourquoi ?

Voilà qu'il veut faire la conversation. C'est quoi cette comédie ? Je crois qu'il ne vaut mieux pas le contrarier.
Et cette voix sirupeuse, maniérée... il pourrait être sympathique s'il n'était pas fou à lier... tsss ! n'importe quoi ! Ça doit être la fatigue qui me fais penser de telles énormités. "Sympathique", non mais on aura tout vu.

Je souris ? Je ne m'en rendais pas compte. Avec mon poignet bousillé, l'oreille en charpie, la robe collée à la peau par le sang et la sueur (tient, et en plus je bave), ça faisait assez de sensations pour ne pas m'apercevoir que j'ai la gueule qui tire en prime.
Et ça lui plait. C'est peut-être ça le pire...
Un petit rire sec, aiguë s'échappe nerveusement d'entre mes dents. Ce type va me rendre dingue !
Je me reprend, inspire un bon coup, avale ma salive pour lui répondre enfin :

-Je... je ne sais pas... du Centre ?... je ne sais pas pourquoi...


Et je déteste parler de ça. Je déteste me retrouver si docile, vulnérable. Et cette façon qu'il a de me fixer me met vraiment mal à l'aise. Ces yeux noirs qui vous aspirent dans sa folie... Et j'aime pas cette façon que j'ai de trembler. J'ai pourtant bien pris mes médicaments, j'en ai même pris bien assez.

-Qu'est-ce que vous me voulez ?
Vous avez l'intention de me tuer ?


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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Dim 2 Mai 2010 - 5:45

Cet air désemparé, ce petit rire nerveux, et cette voix tremblante maquillant sa détresse sous un fétu de fierté… Charmant. Juste charmant. Pittoresque, aussi. Mais charmant, surtout. Avec un tel fatalisme dans le mot et dans le regard, pratiquement poétique, Jack en aurait presque l’impression que celle-ci en rajoute expressément à son attention. Elle lui fait du gringue, c’est sûr ! Et comment résister ? Pourquoi même essayer ? Un désir fulgurant lui remue les entrailles, lui retourne l’esprit. Non ! Non. Calme, du calme.

Pour se changer les idées, Jack attrape un pissenlit dans son bouquet, d’un geste raide, et se met à le mâchonner, machinalement, l’air concentré, dans l’espoir de se caler l’appétit. Mieux vaut ça qu'un bout d'oreille. De quoi aurait-il l'air ? Et comme il en eut finit la fleur, il réalise soudain qu’une réponse de sa part est probablement attendue. Cette pensée l’agace, il grogne un peu, puis se résout. Après tout, c’est bien lui le premier à avoir mené ce tête-à-tête vers la conversation. Qu’en dirait-on s’il refusait maintenant de jouer le jeu ?

« Vous tuer ? Hmmpf ! Quelle idée ! A-t-on jamais vu le loup étriper le chien ? Non, certes non. L’agneau, la brebis, le mouton, oui. Mais le chien qui les garde ? Jamais ! Au grand jamais ! Ils mènent tout deux un fier combat, se chamaillent, perdent quelques plumes dans la bataille, mais celui qui voudrait tout à fait la peau de l’autre, celui-là n’a pas en lui la plus infime once de respect élémentaire à l’égard du rôle de chacun. Je vous assure chère damoiselle que… »

Jack s’arrête, observe la damoiselle. Elle n’a toujours pas bougé, pétrifiée sous sa robe de chambre qui lui colle à la peau, s’appesantie sur ses formes discrètes mais néanmoins distinguées, et qui parait à cet instant lui peser tout le poids de la misère du monde. Ses beaux yeux gris semblent se perdre dans les profondeurs d’un puits sans fond, comme attirés par le vide et le néant. La pupille imprégnée d’un vertige ahurissant. Magnifique, et tout aussi déroutant.

« Oh… je… c’est un sujet bien ennuyeux, je vous l’accorde. Changeons-en ! Vous me demandiez ? Ah oui, ce que je vous veux. Ma foi, rien de très fondamental, j’en ai peur. J’avais simplement dans l’idée de me rapprocher d’une consœur prédatrice via une petite visite de courtoisie, que nous aurions pu partager nos différentes expériences en ce domaine, apprendre à nous connaître plus avant… que sais-je… ? Et puis je serais repartis, non sans avoir préalablement réglé nos comptes, car c’est bien connu : les bons comptes font les bons amis. Mais voilà qui est fait, alors n’en parlons plus ! »

À ce moment, Jack engloutit d’un trait ce qu’il reste de son casse-croûte floral et marque une pause, le temps d’avaler correctement. L’affaire passée, il se reprend, et reprend, en mettant autant que faire se peut de miel dans sa voix. Un miel qui, malgré tout ses efforts, garde un arrière goût sensiblement écœurant.

« Parlons plutôt de vous. Vous avez mentionné un Centre, si je ne m’abuse. Je suis curieux, dites m’en plus. Oh attendez… »

Voilà Jack qui se saisit de deux autres pissenlits, les deux derniers du bouquet, en cale un par la tige entre ses dents, puis glisse sur le sofa pour se rapprocher de son hôtesse désolée. Au bout d’un bras amical, il lui présente la fleur. Et sur le ton du "cigarette ?", lui propose :

« Pissenlit ? »
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Dim 2 Mai 2010 - 15:56

Il sait qu'il est en train de bouffer un pissenlit ?

Bon déjà il ne veut pas me tuer. C'est une bonne nouvelle. Dommage pour lui que ce ne soit pas réciproque. Nan mais j't'en foutrais des loups, des chiens, des brebis... pourquoi pas des kangourous tant qu'on y est ?! Et si j'étais une chienne je t'aurais déjà sauté à la gorge, bien comme il faut, comme on m'a appris... quoiqu'en y réfléchissant, c'est plus ou moins ce que j'ai essayé de faire, la différence étant que j'avais des armes... merde ! je suis une chienne. Bien dressée en plus, même droguée je veux lui faire la peau. Normal, il est sur mon territoire. Mais trêve de divagations.
Cet animal veut jouer, mais je suis pas un jouet ! Il serait déjà mort si je n'étais pas shootée. Tu sais où tu peux te le mettre, ton respect ?

Mais je ne vais pas m'en plaindre, vu la situation. Je suis pas vraiment en état d'avoir le dessus sur ce timbré. Donc, je ne dis rien, mais j'en pense pas moins.
Il veut discuter ? Tant mieux. Comme ça il reste à ma porté, le temps de reprendre des forces et que l'effet du somnifère se dissipe. Après je pourrais m'occuper de son cas et récupérer ma lame.

En attendant, j'aime pas cette façon qu'il a de me regarder, d'autant plus que je ne suis pas très présentable. Allez savoir ce qui traverse son esprit pervers en ce moment. Hein ? Qu'est-ce que tu caches comme incongruité au fond de ces deux gouffres ? Sont-ils aussi noirs et luisant en surface que dans les méandres visqueux de ton crâne ravagé ? Ça ne doit pas être beau à voir, pourtant j'ai du mal à m'en détacher. Je devrais les lui crever avec une des chandelles, ce serait réglé.

Et cette plaie qui me chauffe la gueule, encore plus quand il me demande que je lui parle de moi. Cette espèce d'intimité forcée me fait bouillir. Mais restons calme, je ne dois pas gaspiller mon énergie, au contraire, je dois recharger mes batteries du maigre repos que m'offre cet appuis dans mon dos.

Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Eh non ! t'approche pas trop.
Une fleur ? Il me prend pour un ruminant ?

-Non merci.

Et éloigne ta main avant que je te pète le bras. Si je te tordais le poignet, là peut-être qu'on serait quitte. Hein, mon "ami" ?
Enfin, pas la peine de m'échauffer pour rien. Je sais très bien que j'arriverais pas à lui faire grand chose, là tout de suite et la riposte pourrait être moche.

Puisqu'il a pas l'air pressé, qu'il fait encore bien nuit et que je ne peux même pas l'étriper, d'accord, faisons la causette. Pourquoi pas.

-Le Centre NOD, c'est là où j'ai été formée. Les chambres y sont correctes, avec vu sur les barbelés, la cantine un peu dégueulasse mais nourrissante, les activités collectives obligatoires diverses et variées et les soins de luxe avec lavage de cerveau, électrochoc, médicaments fournis et isoloir pour les plus veinards.

Voilà, je lui raconte un peu tout et n'importe quoi pour l'occupé, mais en même temps rien de précis, ni personnel ni confidentiel.

-Et vous ? Vous sortez d'où ? Mr Black ?


Ça pourrait être plus confortable si j'avais de quoi m'assoir, mais hors de question que j'aille m'installer sur le canapé. Je préfère rester à distance. C'est plus prudent, même si moins reposant debout.
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Dim 2 Mai 2010 - 20:07

Barbelés... électrochocs... isoloir... que de doux mots à l'oreille de Jack. Toute cette poésie plonge son esprit embrumé dans un flot d'images et il se sent comme transporté là-bas, dans ce Centre. A la lueur blafarde d'un néon clignotant, il voit des couloirs gris, hauts et froids qui s'entrecroisent à l'infini, des cellules étroites scellées par de lourdes portes de fer, griffées chacune d'un numéro, d'où parviennent les lamentations apeurées de jeunes enfants. Dans le lointain, un grincement métallique résonne, le bruit d'une porte qui s'ouvre, puis se referme, un tour de clé, un verrou qui claque. L'écho de quelques pas pressés hante un croisement, mais il n'y a personne. Forte odeur de vinaigre. Puis soudain, un cris. Une grande plainte qui sursaute, erratique, torturée, se répercute dans chaque cellule qui sursautent à leur tour, une à une. Vague odeur de brûlé.

Allongé sur le ventre, Jack respire paisiblement, il se sent reconnaissant, comme un enfant auquel on aurait raconté une belle histoire avant le coucher. Il prendra cela pour l'excuser d'avoir refuser son pissenlit. Pissenlit retourné dans son verre, a rejoint les marguerites, pour éviter trop de monotonie.

Une question ! C'est une question qu'elle vient de lui poser, il n'a pas rêvé. Jack jubile, c'est un grand pas en avant. Puis il s'attarde sur le sens de celle-ci. Dès lors, le voici bien embarrassé, pris au dépourvu même. Voilà bien une autre question qu'il ne s'est jamais lui-même véritablement posé. Pourtant, à bien y réfléchir, il vient surement de quelque part, lui aussi. Il est né, il a grandi, bien sûr, mais, c'est seulement à cet instant qu'il s'en rend compte... il ne sait plus. Durant une poignée de secondes, son regard se perd dans le vide, flotte contre le mur. Où ? Quand ? Comment ? Il ne sait pas. Aucun souvenirs, rien, pas une image, ni une odeur.

Il creuse, creuse encore, mais ses premiers souvenirs ne remontent pas plus loin que quelques années en arrière. La lumière, le luxe, la débauche... rien qui l'enivre. C'est dans la rue qu'il vit, depuis trois mois. Et depuis trois mois, il se sent bien. Il aime la rue, être dehors, être libre. Il l'a payé suffisamment cher pour avoir le droit d'en profiter. Alors peut-être... peut-être est-ce pour ça. Peut-être est-ce de là qu'il vient ? De la rue ? Pour cela qu'il y retourne, instinctivement ? Il n'a pas la réponse, ça le désole. Il se prend à gémir, sa respiration s'accélère, déraille, il tousse, plaque ses doigts sales contre son visage, tire sur sa peau, grogne. Il n'aime pas ça. Il n'aime pas ne pas savoir. il n'aime pas se poser des questions. Il n'aime pas, il ne veut pas !

Mais il ne doit pas... il se reprend, se calme. Oui, il le faut. Du calme... il se replie, s'assied, regarde le fond de son assiette, la lumière qui danse, retrouve son sourire, un peu crispé. Ça ne répond à rien, elle veut l'entendre, elle veut. Il parle. Il a du mal.

« Je... Je ne sais pas. D'où je viens, où je vais, nulle part, nulle part ! Pourquoi ? Pour... quoi ? Rien, rien de rien. Je me souviens, j'étais beau, beau, beau... Le bruit, la musique, de l'or et des bijoux, des rires et des fous noyés dans un puits de plaisirs, qui s'y jetaient la tête la première. Des horreurs, des enfants, des innocents, toujours plus loin, plus sombre. La douleur, pour jouir, vivre et mourir, passer le temps, qu'ils disaient... ils disaient... Propriétaire, elle disait. Je lui appartenais, tout entier, elle disait. Elle le répétait. Elle disait, son chien j'étais. Collier à puce, puce dans le cervelet. Si pas sage, paf !!! Boom ! Elle disait... alors elle disait, et je faisais, tout ce qu'elle disait. Elle voulait... beaucoup. Tout le temps, encore, encore, encore. Comme ceci, comme cela, encore, encore, encore... Fatigué, triste, triste j'étais. Malheureux, oui, mal traité, oui. Alors j'ai comploté, comme elle disait, j'ai construit dans l'ombre un demain qui brille, mais pas pareil. Son tire graisse, son charcuteur, je l'ai forcé, à me charcuter, la tête, là. Là ! »

A ces mots, Jack attrape son crâne entre ses mains, met sa nuque en évidence. Un charnier putréfié.

« Il l'a retiré, la puce. Il n'avait pas le choix ! Oh oh, non. Il aimait sa fille, son enfant, sa chérie, elle était entre mes mains, mes griffes, pendant même qu'il me charcutait, j'étais bien conscient, conscient, la douleur. La douleur ! Le sang, partout, partout, sur son petit ange. Partout... eh puis, j'étais libre. Libre... alors je... je les ais tué. Tous. Tous... Lentement... douleur, douleur... cris et douleur... partout. Tous ! La vieille en dernier, dans son bain à bulle. Quel plaisir. Douleur et plaisir, plaisir est douleur. Des litres et des litres, du sang. Du sang plein les bulles. Et j'ai couru. Loin. Loin du sang, loin des bulles, de tout ce rouge, de tout ça ! »

Jack s'arrête brusquement. Il a dit beaucoup. Trop peut-être, beaucoup c'est sûr. Recroquevillé, sa tête frôle la table, ses cheveux glissent dans son assiette. Ses épaules tressautent, secouées par une sorte de sanglot sans larmes. Il a la gorge sèche, une affreuse migraine tambourine contre ses tempes. Peut-être tremble-t-il même un peu. Il n'ose plus parler, renifle, racle. Il se sent bizarre. Il ne sait pas pas... et ça le tue.

Il est vulnérable.

Et il n'en sait rien.
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Dim 2 Mai 2010 - 23:48

C'est.... embarrassant.
Il y a deux minutes c'était un dangereux criminel qui jouait du couteau et me faisait souffrir le martyr. Et maintenant, c'est un dangereux criminel mais réduis à l'état de loque humaine dégoulinant lamentablement dans l'assiette.
Je suis... déçue ? Non non, soulagée, ça doit être ça. Quoique même rabougris tremblant et sanglotant comme un petit être vulnérable, il n'est pas vraiment rassurant. Et si ça se trouve il fait semblant.

Je me penche pour voir sa tête... non, il ne fait pas semblant. Ça, ca ne s'invente pas, ce regard perdu, désespéré, désorienté, noyés dans les tourments d'un passé trop chargé, la raison emportée par un torrent de mal-être, le visage déformé par le doute et l'aliénation.
Pauvre petite chose qui souffre.

Je profite qu'il soit parti ailleurs, quelque part égaré dans sa tête pourrie, pour ramasser doucement le couteau sur la moquette. Sans faire de bruit, je saisi l'objet de ma main droite, tournant la lame derrière ma manche, à peu près dissimulée. Est-ce qu'il me voit faire ? Est-ce qu'il est trop à l'ouest pour mesurer mes gestes ? J'éviterais quand même de faire scintiller la lame à la lueur des bougies. La garder dans l'ombre de mon avant-bras, pour mieux la plantée au moment opportun.

Puis je me redresse avec la même lenteur, la même précaution. Un instant je me fige sur un bref vertige. Un soupir d'impatience. Je suis encore bien droguée.
Et lui, à quel point s'est-il effondré ?

Curieuse, intriguée, je fais un pas vers le tourmenté. Je m'approche pour mieux le voir, tenter de mesurer sa faiblesse.
Un deuxième pas toujours de loin, comme le charognard qui s'assure que la bête est assez agonisante avant de s'y risquer.
Un troisième pas, à pas de loup je viens distinguer la plaie. C'est bien ce que j'avais vu quand il me l'a montrée. C'est moche. C'est clairement infecté, pourris, faisandé.
Le quatrième maladroit. J'aurais peut-être mieux fais de rester contre le mur, ne pas bouger. C'est trop tôt s'il venait à se reprendre. Mais trop tard, je suis déjà à mis chemin entre mon appuis et le canapé. Ça tourne comme une mauvaise fièvre. Je respire plus fort pour compenser l'effort. Il faut que j'évacue cette dose de cheval que je me suis enfilée.
De toute façon il a bien du le voir que je me rapproche. Les pas suivants moins appliqués, plus nonchalant pour ne pas chanceler, je rejoins le sofa et m'y assois, juste là, à côté de celui qui est à la fois mon tortionnaire et ma proie.

Comme au bord d'un précipice, mes yeux se posent sur ce puis de souffrance, le chaos incarné. Une vie de merde dans un monde de merde. Une erreur, le petit quelque chose qui fait tout déraper.
Il fut beau, qu'il disait, un homme normal avec un métier, en toute légalité. Machine à plaisir surexploitée jusqu'à en faire sauter les rouages. Le plaisir est bien un fléau qui atteint tout ce qui passe à proximité, receveurs comme donneurs.... le médecin, la fille, l'exploiteur, l'exploité... ce dernier ne s'en ai pas si mal tiré puisqu'il vit encore. Mais dans quel état...

C'est aussi mon rôle de nettoyer la souillure engendrée par l'excès. Une balle, un coup de poignard bien placé...
Mon poignard... je ferme les yeux et inspire profondément à cette pensée, celle d'un tranchant, un tracé parfait, le sillon pourpre et la vie qui s'en extrait le long d'un flux tiède. Je sais faire ça très bien. Oui, j'ai bien appris.

Et lui, est-il assez mur, assez désemparé pour que je le saigne sans qu'il s'en plaigne ?
Ces petites secousses sur ses épaules son comme une invitation à découpée la chair blafarde qui les recouvres.
Mais pas maintenant, il est trop tôt encore pour le moment. Je dois rester sage, retirer cette main que j'y ai posé. Je n'aurais pas la force de tenir ma prise si elle se débattait.

Pourtant, ma main ne se décolle pas de sa chemise. Serais-je frustrée de devoir laisser filer une telle occasion ? De doute façon, ce ne serait pas très glorieux de frapper dans un moment de faiblesse. Ce serait lâche et sournois. Mais est-ce qu'il mérite mieux que ça ?

Je regarde son dos, chétif à la lueur de la lune. Et je sent ses os saillants à travers le tissus. Je ne devrais pas les parcourir des doigts comme ça. A quoi ça sert ? C'est risqué. Mais un fin sourire s'étire sur mon visage, le regard fixe et cette étrange sensation de calme... ce n'est pas un bon présage.
Je glisse d'une épaule vers l'opposée, cherche une prise pour le redresser. Difficile, aussi maigrelet qu'il soit, il pèse son poids et j'ai mal au poignet. Avec un appuis sur le torse, s'est plus facile même si pour ça mon bras doit se rapprocher de sa nuque putride. On y est.

-Redresse toi...


Il était tellement pitoyable, écrasé dans son assiette. Je n'allais pas le laisser comme ça. Pourquoi pas ? Je ne sais pas.
Je ne sais pas non plus pourquoi je remonte ma main le long de son cou, passe sur sa joue pour le forcer à tourner la tête vers moi. Pourquoi j'attends qu'il me regarde pour sortir mon autre main de derrière mon dos avec le couteau dont la pointe vient glisser sur le tissus de son torse, longer sa gorge et se fixer sous sa mâchoire, le tout en un mouvement fluide, appliqué.
Le planter ou ne pas le planter ?

-C'est dur, hein ?


Cette voix qui sort, à la fois claire et atténuée, comme un soupir... ce n'est plus moi... tout comme cette attitude qui manque de rigueur. Je suis faite pour tuer, pas pour jouer...

-Je pourrais m'être fin à ta souffrance...

C'est ce que tu veux, petite charogne ? Tu t'es laissé allé. Il ne faut pas être si faible quand la hyène rode. Surtout si elle n'a pas dormi. C'est l'euphorie ça. Ça me fait faire n'importe quoi. Mais même n'importe quoi, je le fais comme il faut... enfin, je crois ? Je ne sais plus... Qu'est-ce que j'ai oublié ?
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MessageSujet: Re: L'appertement de Hyena   Mar 4 Mai 2010 - 17:17

Elle approche... Il le sait, il l'a entendu, il croit. Oui, elle approche. Mais il ne regarde pas, non, il ne regarde pas. Tout doucement... elle hésite ? Peut-être, mais elle approche. Elle va venir, elle vient. Elle vient, elle s'assied. Jack a mal, mal au cœur. Elle le sait, elle est là, pour ça, pour son cœur. Elle est venue, elle va le prendre dans ses bras. Elle va le rassurer, lui poser la tête contre son épaule, lui dire que tout va bien, que tout est fini. Elle va lui dire qu'elle est là, pour lui, pour son cœur. Alors elle va le serrer fort, très fort, et lui va s'y abandonner entre ses bras. Il va tout laisser tomber, il va pleurer, un peu, beaucoup. Et elle, elle va essuyer ses larmes, elle va le bercer, le serrer encore, à la folie. Alors, un coup, deux coups, il va sangloter, plus fort, passionnément.
Et puis ça va retomber, le cœur va s'apaiser, la chaleur va revenir. Et puis, alors, oui, oui, alors, ce sera fini, pour de vrai. Tout sera fini, et il sera bien, et elle sera bien, et ils seront bien, au calme. Et elle murmurera, elle dira, tout bas : "Maman... Maman est là, tout va bien." Alors, alors oui, il fera oui, de la tête, toujours contre elle, blotti, petit, dans ses bras, tout contre elle, au chaud. Et elle reprendra, fera oui, de la tête, aussi, et elle dira, tout bas : "Dors... Dors mon petit, mon enfant. Demain sera beau, demain sera grand."

Et juste avant qu'il ne s'endorme, elle fait courir sa main sur son dos, s'arrête sur sa nuque, et c'est doux, comme une caresse. Elle le redresse, tendrement. Et alors elle le regarde, et elle sourit, et dans son sourire, il y a plein de chaleur, tellement de chaleur... Ça y est, elle va le faire, elle va déposer un baiser sur son front, avec douceur, puis elle va le coucher contre son sein, avec tendresse. Et il fermera les yeux, et tout ira bien. Oui, tout ira bien...
Mais elle s'arrête, et le baiser ne vient pas. Elle s'arrête, et elle le regarde, et il la regarde, et dans son regard, à elle, il y a un reflet métallique, un reflet froid, froid... comme une lame dans la nuit. Une lame qui court sur son torse, hésite à la bordure de sa chemise, puis glisse contre sa gorge, et c'est froid... c'est froid, si froid... acéré. Mordant. Dur. Cruel.

Cruelle ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi si froid... si froidement ? Pourquoi pas la chaleur, les bras ? Pourquoi la lame ?

Pourquoi ?!!


Pourquoi Maman... veut pas ? Maman veut pas... Maman... méchante. Mauvaise maman, veut pas de l'enfant, l'abandonne au froid, à la mort. Elle c'est... c'est pas Maman. Elle... folle. Folle, comme lui. Méchante, comme lui. Mauvaise, comme lui. Elle joue à faire du mal, et elle en fait, comme lui. Tous aussi fous, aussi méchants, aussi mauvais... autant, tout autant. Maman est un monstre. Monstrueuse. Affreuse ! Affreuse ! Son fils est un monstre... affreux. Et elle... monstre aussi. Tous des monstres. Tous affreux ! Tous... tous doivent... périr. La raclure disparait, la saleté... tout ça doit disparaitre, c'est trop laid. Trop laid ! Tous... ils doivent tous mourir, oui. Tous... mourir.

...

Un geste, brusque, maladroit, et la lame s'enfonce, à peine déviée, profonde... la chaire, transpercée, le sang, coule. Jack est tombé, sur elle, de tout son poids, de toutes ses forces, de tout son être, et son sang coule, coule sur elle, se déverse, rouge sombre, sombre comme la fin. La fin de la souffrance, de leurs souffrances, à tous les deux. Lui, un couteau en travers de la gorge, et entre ses mains, sa gorge, à elle. Il la sert, très fort, il l'emporte, avec lui, en voyage. Le dernier des voyages. Un aller simple.

Ne te débats pas, n'ai pas peur, respires, je suis là.

Shhhhhh... Ferme les yeux, laisses-toi aller.

Viens, viens, suis-moi.

Allons-y, allons voir, tous les deux, ensembles, ce qu'il y a...

... là-bas.

Au-delà.
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L'appertement de Hyena

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